Entreprise — 16/07/2015 at 14:29

KKR lance une plate-forme de soutien aux « bad loans » européens

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Cette initiative doit permettre de transférer prochainement pour 1 milliard d’euros de prêts « non performants » provenant d’UniCredit et Intesa Sanpaolo.

KKR Credit a lancé le 25 juin une plate-forme innovante pour aider les banques européennes à gérer leur exposition à des prêts « non performants ». Le groupe spécialisé en private equity financera en capital majoritaire divers véhicules spécialisés, probablement un par pays. Les banques partenaires pourront prendre part au capital de ces véhicules, avant d’y transférer leurs prêts, « ou du moins la propriété juridique de ces prêts, mais en en conservant l’exposition économique, explique Mubashir Mukadam, responsable européen special situations chez KKR. L’intérêt de cette approche est d’offrir aux banques des solutions alternatives pour leurs prêts ‘non performants’ ou ‘non essentiels’, avec un accompagnement opérationnel des entreprises sous-jacentes. Des solutions différentes des simples cessions d’actifs comme c’est habituellement le cas avec les ‘bad banks’. » Qu’elles soient publiques (Irlande) ou privées (Espagne).

Géométries variables

A court terme, cette structure ne permettra donc pas aux banques de déconsolider ces prêts de leur bilan, d’améliorer leur propre notation ou de réduire leurs exigences prudentielles correspondantes. Mais elle permettra aux banques d’envisager un avenir meilleur pour ces prêts, sans avoir pour autant « cristallisé » la perte, résultat de la différence entre leur valeur de marché et leur valeur comptable. « Toutes les parties peuvent ainsi participer à un système qui sera ‘gagnant-gagnant’ dès lors que les prêts verront leur valeur, qui s’élève aujourd’hui à environ 60 cents (sur l’euro), remonter à 80 ou 100 au lieu de descendre à 20 ou 30 », détaille Mubashir Mukadam.

Chaque véhicule sera flexible, adapté à la réglementation locale, et géré par une société de gestion indépendante des banques (a priori KKR). Il est possible que les fonds de KKR soient les seuls actionnaires du dispositif si les banques-partenaires ne souhaitent pas investir. Un véhicule pourra engager de l’argent frais pour refinancer les prêts des entreprises (grandes et moyennes) en dette senior, en dette mezzanine/subordonnée ou en equity. Il pourra également dans certains cas restructurer des financements immobiliers ou de shipping, mais pas des portefeuilles de prêts à la consommation, aux particuliers ou aux petites entreprises.
Les entreprises ainsi refinancées bénéficieront aussi d’un accompagnement opérationnel, aux travers des expertises sectorielles de Capstone, le cabinet conseil de KKR, afin de les aider à stabiliser leur croissance et créer de la valeur. Le cabinet spécialisé en restructuration Alvarez & Marsal, très impliqué dès l’origine dans le projet en Italie, sera également mis à contribution en tant que « preferred service provider ».

Le premier partenariat a été signé le 25 juin en Italie avec UniCredit et Intesa Sanpaolo, après un an de discussions, pour un portefeuille de prêts sélectionnés par les banques d’une valeur nominale de 1 milliard d’euros (pour 6 ou 7 sociétés, selon Il Sole 24 Ore). La plate-forme a pris la forme d’un véhicule de titrisation (SPV), construit en « architecture ouverte » dans le sens où ce SPV permet à d’autres banques d’ajouter leurs prêts et d’en engager ainsi le redressement grâce à son apport en capital et aux expertises proposées. Federico Ghizzoni, l’administrateur délégué d’UniCredit, a laissé entendre que le montant et le nombre de prêts concernés pourrait être revus à la hausse, à 2 milliards ou plus par la suite, sachant que les prêts « non performants » déclarés par les banques italiennes s’élevaient à 190 milliards d’euros fin avril, pour un marché des transactions sur les créances douteuses transalpines prévu à 20 milliards cette année. « Le gouvernement italien a justement proposé le 25 juin, en remplacement d’un projet de ‘bad bank’ publique à l’échelon national, un décret pour accélérer le nettoyage des bilans des banques, notamment avec la réduction de cinq ans à un an de la période de déductibilité fiscale des provisions pour pertes, ajoute Thibault Douard, analyste des fonds de dette bancaire chez Tikehau IM. Cette mesure devrait surtout changer la donne pour les petites banques mutualistes, qui ont passé trop peu de provisions. C’est moins le cas des grandes banques comme Intesa ou UniCredit ; celle-ci vient par ailleurs de vendre un portefeuille d’actifs provisionnés à 85 % de la valeur nominale (600 millions) sans enregistrer de pertes supplémentaires. »

Outre l’Italie, KKR étudie des opportunités pour sa plate-forme dans d’autres pays : sept ans après le début de la crise financière, les banques européennes compteraient encore près de 1.200 milliards d’euros de prêts « non performants », selon une récente étude de PwC.

AGEFI

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