La plupart des candidats veulent augmenter les impôts du secteur.
Le débat autour des « carried interests », le montant des commissions perçues par les fonds et qui dépend de leur performance, s’invite presque chaque jour dans la précampagne présidentielle américaine. La raison ? Ces sommes sont taxées dans le bas de la fourchette des taux des plus-values à long terme, soit 23,8 %, au lieu de 39,6 % si elles étaient considérées comme des revenus. Les candidats y voient une aberration sans justification économique et donc le signe d’une inégalité de traitement entre Wall Street et l’Amérique profonde. Ce thème électoral porteur des « petits » contre les « grands » est repris par les démocrates, certains républicains et Donald Trump, qui bénéficie pourtant personnellement de cet avantage. En effet, toutes les structures de « partnership » (finance, immobilier…) bénéficient de ce traitement fiscal favorable et pas seulement les « hedge funds » et fonds de capital-investissement, qui s’estiment les boucs émissaires du populisme ambiant.
Cela fait près d’une dizaine d’années que ce débat a lieu de manière récurrente. L’administration Obama a tenté sans succès d’éradiquer cette niche fiscale face notamment à l’opposition des républicains à la Chambre des représentants. Depuis la majorité républicaine au Sénat, c’est l’impasse. Les opposants farouches à cette mesure, les fonds de capital-investissement pour qui les enjeux financiers sont les plus importants, avancent qu’une hausse de l’impôt les inciterait à prendre moins de risques. A une époque difficile pour l’économie américaine, taxer davantage les fonds aurait eu des effets néfastes sur les marchés, et donc sur l’économie. De quoi attendre des jours meilleurs pour durcir le ton. Et ce d’autant plus que, selon un calcul du Trésor américain, augmenter l’impôt des fonds alternatifs ferait rentrer 18 milliards de dollars dans les caisses de l’Etat sur dix ans, ce qui est loin d’être une manne dans un pays dont le déficit budgétaire annuel est de l’ordre de 500 milliards de dollars.
Les « hedge funds » ont toujours cherché des parades pour payer le moins d’impôt possible. Jusqu’en 2009, ils ont notamment monté des structures juridiques aux îles Caïmans avant que le Congrès ne sévisse. Ils ont alors migré vers les Bermudes, où ils ont bâti des sociétés de réassurance dont l’objet était uniquement d’investir dans leur propre « hedge fund ». Ce montage fiscal et juridique leur permet d’échapper à tout impôt offshore tant que les sommes restent investies. Quand le « hedge fund » rapatrie ces sommes, elles ne sont taxées qu’à hauteur de 23,8 %. David Einhorn, le fondateur de Greenlight, est un des adeptes de cette stratégie d’optimisation, qui est dans le collimateur du fisc américain. L’innovation dans l’optimisation fiscale et réglementaire est une spécialité du monde alternatif. Certains d’entre eux pourraient aussi agiter la menace et le chantage du départ vers la place de Londres, la grande rivale de New York. Les fonds alternatifs commencent d’ailleurs à se faire entendre afin de peser dans les débats pour promouvoir leurs intérêts. Selon l’ONG OpenSecrets, les « hedge funds » ont effectué 40 millions de dollars de contributions lors de l’élection présidentielle de 2012, soit deux fois plus qu’en 2008.
Depuis, les efforts de lobbying se sont poursuivis. En tête entre 2013 et 2014, le fonds activiste Elliott (13,6 millions de dollars) suivi par Renaissance (10,3), Soros Fund Management et Citadel, qui ont dépensé chacun 3,5 millions de dollars. Entre 2008 et 2014, les « hedge funds » ont dépensé entre 6 et 7 millions de dollars par an en lobbying. Un montant infinitésimal par rapport aux dépenses de lobbying du secteur financier au sens large (banque, assurance et immobilier) et qui ont dépassé les 450 millions de dollars par an sur la même période. Le secteur de la défense dépense 130 millions de dollars par an et celui de la santé un peu moins de 500 millions de dollars par an.
Les Echos

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