Le pays attire investisseurs et gestionnaires d’actifs, qui le voient comme l’un des rares pôles de stabilité en Amérique latine. Le marché local suscite les convoitises.
C’est un signe qui ne trompe pas. Au mois de janvier, les investissements étrangers sur la dette mexicaine ont atteint un nouveau record, à 1.570 milliards de pesos (74 milliards d’euros). Alors que les autres pays d’Amérique latine, emportés par les craintes sur les marchés émergents, voient fuir les capitaux, le Mexique fait de la résistance. Selon les chiffres du cabinet EPFR, les fonds investis en dette émergente en monnaie locale ont subi des retraits de près de 20 % au cours des deux dernières années. Ceux investis sur la dette locale mexicaine ont collecté 1 % sur la même période. Le pays continue d’attirer les investisseurs, de même que les gestionnaires d’actifs, qui le voient comme l’un des rares pôles de stabilité dans la région.
« La seule option dans la région »
En quelques années, le Mexique a clairement volé la vedette au Brésil en Amérique latine. « Le pays a entrepris un large éventail de réformes – budgétaire, bancaire, télécoms, travail, énergie – sous l’administration du président Enrique Peña Nieto, et il est devenu le centre manufacturier de la région grâce à des faibles coûts de production, relèvent les économistes de Natixis. Certes, les réformes sont loin d’être parfaites, comme en témoigne l’échec des appels d’offres pétroliers l’année dernière, mais elles ont renforcé le climat des affaires. » Le Mexique est monté de la 42e place en 2015 à la 38e place en 2016 dans le classement de la Banque mondiale sur la facilité de faire des affaires.
La très grande part de l’économie informelle (estimée à 50 %) et les disparités régionales demeurent les deux grandes faiblesses du pays. Par ailleurs, son taux de change s’est montré très volatil ces derniers mois, compte tenu notamment de la chute des matières premières. Et beaucoup d’économistes sont convaincus que le pays aura du mal à résister en cas de fort ralentissement de l’économie américaine (80 % de ses exportations vont vers les Etats-Unis) ou de méfiance accrue envers les émergents. Mais l’épisode de l’« effet Tequila » – une dévaluation du peso qui avait fait fuir les investisseurs étrangers en 1994 – paraît désormais loin. « Le Mexique semble être la seule option dans la région, même sans afficher un taux de croissance exceptionnel », résument les analystes de Natixis. Il devrait atteindre 2,1 % en 2016, après 2,4 % en 2015. Le pays reste noté dans la catégorie investissement par les agences de notation – sa dette publique n’atteint que 35 % du PIB.
Le défi des retraites
Pour les gestionnaires d’actifs, les promesses du marché mexicain sont importantes. C’est en 1997 que le pays a réformé un ancien régime de retraite très généreux, passant d’un système à prestations définies vers un régime à cotisations définies. Ces réformes, qui ont notamment concerné les salariés du secteur privé et les agents de l’administration fédérale, « ont considérablement amélioré la viabilité financière du régime », souligne l’OCDE dans un récent rapport. « Mais il y a encore beaucoup à faire et il faut voir la réalité en face. Le principal défi de ce marché, c’est la faiblesse de la couverture : on estime que seuls 45 % des travailleurs sont couverts, ce n’est pas suffisant. Nous devons composer avec le poids du travail informel, avec le fait que certains salariés naviguent régulièrement entre travail formel et non formel », relève Jorge Servin, directeur chez Mercer. L’OCDE ne dit pas autre chose : « Les challenges sont nombreux : la transition entre l’ancien et le nouveau régime doit encore être assurée, la concurrence pourrait être renforcée entre les sociétés gestionnaires des caisses de retraite privées (Afore), les différents régimes de retraite doivent être améliorés, les prestations versées aux plus âgés doivent être augmentées. »
L’enjeu est d’autant plus vital que le Mexique a déjà une population vieillissante. En 2050, le quart de la population aura plus de 65 ans, autant qu’en France. « On estime que, au Mexique, 62 % des plus de 60 ans sont économiquement dépendants. Ils ont longtemps compté sur leur famille, mais les structures familiales sont en train de changer. Le système de pension public est très loin de suffire et il faut donc développer les pensions privées », souligne Jorge Servin, chez Mercer.
Des actifs encore très obligataires
Depuis 2011, les caisses de retraite privées (Afore) peuvent faire appel à des gestionnaires externes pour gérer une partie de leurs fonds. Le pays attire du coup de plus en plus les gérants d’actifs de la planète : BlackRock, JPMorgan AM, Schroders, BNP Paribas IP, Natixis AM… Il n’est pas toujours facile de se faire une place sur ce marché, dominé par les institutions financières locales. Mais la stabilité du pays, la croissance régulière des encours et les possibilités de diversifier les placements offrent des opportunités pour les étrangers. Aujourd’hui, les Mexicains placent encore largement (80 %) leurs fonds sur les actifs obligataires du pays, dont les rendements restent relativement faibles. Beaucoup veulent du coup investir à l’étranger car ils ne trouvent pas localement d’offres répondant à leurs attentes.
Source : Guillaume Maujean, Les Echos

