Entreprise — 07/04/2013 at 19:22

BNP, la banque qui excelle dans l’art de l’évasion fiscale

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Les paradis fiscaux sont à la BNP ce que Kerviel est à la Société Générale… un boulet que l’on traîne, sans pouvoir s’en défaire. Mais si la Société Générale tente de prendre ses distances avec le trader fou qui lui a fait perdre 5 milliards, la BNP elle a du mal à quitter les paradis fiscaux.

Ce vendredi, c’est Libération qui détaille une nouvelle fois les pratiques de la banque en matière d’évasion fiscale. Le quotidien accuse en effet la banque de vendre à ses riches clients, résidants en Suisse ou à Monaco, un produit financier leur permettant d’échapper à l’impôt.

Le Luxembrella, déjà révélé en 2010 par une enquête du journal Marianne, est né en 2005 grâce à une faille de la législation. Cette année là, la nouvelle directive sur la fiscalité de l’épargne impose un prélèvement à la source (20%) de tout produit financier distribué dans un pays où le secret bancaire est conservé, comme au Luxembourg et en Autriche. En clair, dans chaque pays où il est impossible d’obtenir des informations fiscales sur des contribuables, l’Etat s’oblige à taxer à la source les revenus du patrimoine venant de comptes ouverts par des ressortissants européens. A la fin de l’année, les administrations fiscales font leurs comptes et l’Autriche et le Luxembourg peuvent être amenés à rembourser des sommes conséquentes à leurs voisins européens.

Un produit financier créé sur une faille de la législation

Sauf que très vite certaines banques, et en l’occurrence BNP, ont trouvé la faille : cette législation qui s’applique à la plupart des produits financiers ne s’applique pas à certaines Sicav de droit luxembourgeois. D’où la naissance de Luxembrella (comprendre le parapluie luxembourgeois): via un mandat de gestion, la BNP propose d’investir elle-même dans la Sicav pour le compte de ses clients. Résultat, ce n’est pas le particulier qui place son argent à l’étranger, mais le banquier lui-même qui investit. C’est parfaitement illégal, mais la banque s’en lave les mains, en répliquant au Fisc que ce n’est pas à elle de rédiger la déclaration de revenu de ses clients!

Au fond, la pratique est vieille comme le monde, il s’agit tout simplement de placer un écran entre le propriétaire du patrimoine et sa fortune, grâce au nom d’un gestionnaire de fonds, ou d’une personne morale faisant office de coquille vide. Une illustration parmi d’autres de tout ce qu’il est possible de faire en matière de trust fiscal…

C’est d’ailleurs en substance la réponse faite par BNP à Libération. La banque qui confirme l’existence de la Sicav au quotidien, argue du fait qu’elle n’est pas seule à distribuer ce type de produits. ” Au 31 mars, la taille de Luxembrella était de 902 millions d’euros, ce qui représente seulement 0,3% des actifs sous gestion de la banque privée”, ajoute sans complexe un porte-parole de la banque. Une goutte d’eau il est vrai, comparé aux milliards d’euros qui échappent chaque année aux caisses de l’Etat. Récemment une étude de l’économiste Gabriel Zucman évaluait entre 8 et 10% le montant de la richesse des ménages abrités dans les Paradis Fiscaux.

Une longue histoire d’amour avec les Paradis Fiscaux

Le problème c’est que la BNP, plus que toutes les autres grandes banques françaises, s’est fait sa petite réputation en matière d’évasion fiscale. En 2009, au moment du G20 de Londres, une enquête du magazine Alternatives Economiques estimait à 189 le nombre de filiales que la banque détenait dans les Paradis fiscaux. Pour éviter la polémique, la ” Star des Paradis Fiscaux ” décide de montrer l’exemple en fermant ses filiales controversées. Ce qu’elle fera à Panama et aux Bahamas.

Sauf que quelques mois plus tard, en 2010, l’ONG CCFD- Terre Solidaire estime que la BNP détient encore 347 filiales dans des territoires dits non coopératifs. Contre 107 seulement pour Crédit Agricole et 40 pour Société Générale. Un bond qui s’explique par l’appréciation de ce qu’est un Paradis Fiscal. L’ONG explique par exemple que la banque détient 62 filiales au Luxembourg ou encore 77 en Belgique et 45 aux Pays-Bas. Mais ces pays n’ont jamais figuré dans la liste noire des Paradis Fiscaux de la France. “Ces pays présentent pourtant une attractivité fiscale évidente pour les entreprises qui y sont installées. La preuve, elles se bousculent pour y entrer. C’est pourquoi il est très important de savoir ce que les banques et les multinationales y font réellement”, explique Mathilde Dupré, chargée de mission au CCFD- Terre Solidaire.

Une législation très ambigüe

Mais en la matière, les grandes ambitions de Nicolas Sarkozy de mettre fin à l’évasion fiscale, se sont curieusement évanouies. La liste française des Paradis fiscaux, sur laquelle est fondée toute la législation s’est réduite comme peau de chagrin ces deux dernières années, passant de 18 membres en 2010 à 8 membres en 2012. Même le Panama n’y figure plus, tandis que les iles Caïmans n’y ont jamais fait la moindre apparition. Une situation que regrette le CCFD Solidaire. ” Aujourd’hui nous sommes dans une situation aberrante où la loi a été modifiée pour pénaliser davantage l’évasion fiscale, mais où elle est devenue complètement inapplicable à cause d’une liste qui n’existe plus “, déplore Mathilde Dupré.

Face à cette situation inquiétante, certains parlementaires ont décidé de mener l’enquête dans le cadre d’une “commission sur l’évasion fiscale”. Baudoin Prot, le PDG de la BNP, faisait partie des personnalités convoquées. A la question de savoir pourquoi la BNP était toujours dans les Paradis Fiscaux, il a répondu, visiblement gêné qu’il s’agissait de répondre aux besoins de la clientèle locale!(Voir ici son intervention). Quant au Luxembrella, il s’est contenté d’expliquer qu’il était “présenté tort comme un produit majeur” et qu’il ne servait qu’à “mutualiser la gestion sous mandat pour mutualiser le coût des transactions”. Comme aveu, on ne pouvait guère espérer mieux…

Reuters/L’Expansion

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