La déferlante de l’impression 3D questionne la propriété intellectuelle. Des solutions existent.
L’impression 3D annonce une révolution industrielle, et peut-être celle de la propriété intellectuelle. Certains juristes agitent déjà le spectre d’une explosion de la contrefaçon. Les imprimantes 3D vendues en grande distribution pour quelques centaines d’euros permettent aux particuliers de fabriquer un nombre grandissant d’objets usuels.
La menace de contrefaçon est pourtant encore théorique. « Il n’existe pas de cas avéré. Aujourd’hui, il y a des freins évidents que constitue le prix, celui de l’imprimante et des matériaux. Mais, à terme, on peut parier que l’individu pourra produire toute une série d’objets à faibles coûts », reconnaît Valérie Samson, associée chez Lavoix. Il n’y a, en effet, pas de raison que les technologies encore industrielles, permettant de fabriquer des pièces très élaborées et solides, ne finissent par se démocratiser. Dès lors, le droit existant est-il suffisant ? Dans son rapport de mars dernier sur l’impression 3D, le Conseil économique social et environnemental (Cese) n’affichait aucune inquiétude : « Les règles juridiques en vigueur ne sont pas, dans leur principe même, remises en cause par les innovations numériques, en l’occurrence par l’impression 3D. »
Droit à l’usage privé
Les juristes soulèvent pourtant un point en particulier. Celui du droit de l’usage privé autorisant le particulier à réaliser une copie dès lors qu’il s’agit de ses besoins personnels. Certains réclament une révision de ce droit. « Il faut adapter la loi à ces nouveaux moyens de production. Une exception à cette notion d’usage à titre privé pourrait être envisagée », explique Philippe Blot, associé chez Lavoix. Inutile de se précipiter répond le Cese : « Compte tenu des contraintes techniques et de coût, ce risque est encore très loin de correspondre à une réalité tangible. »
Pourtant les entreprises commencent à intégrer le fait que les particuliers deviennent de mini-industriels. Le fabricant de jouets Mattel et le spécialiste de la modélisation Autodesk ne viennent-ils pas de signer un accord pour rendre possible la fabrication de jouets chez soi ? Le rapport du Cese reconnaît d’ailleurs que l’industrie du jouet pourrait figurer parmi « les premières victimes de l’usage de l’impression 3D par les particuliers (les pièces en plastique de forme simple de la société Lego, par exemple) ».
Dès lors, les juristes incitent les industriels se lançant dans ce type de stratégie à la prudence. « Que se passera-t-il si le client utilise ensuite le fichier numérique de façon illicite ? », s’interroge Philippe Blot. Le cabinet Lavoix préconise ainsi à ses clients, lors du dépôt de brevet d’étendre la protection au fichier numérique même si « en cas de litige rien ne dit que nous aurons gain de cause », reconnaît Philippe Blot.
D’autres solutions sont à l’étude pour s’adapter à ce nouvel environnement. Par exemple, la personnalisation. « L’une des parades consistera à personnaliser les objets et d’inciter à l’achat pour ne pas avoir l’objet du voisin », explique Philippe Blot. Des solutions techniques permettent aussi de protéger les fichiers et de s’assurer que le produit n’est pas reproduit en grande quantité. Des systèmes de protection qui ont pourtant été largement contournés dans le domaine de la musique et de l’audiovisuel.
Les Echos