Inquiets, les acteurs chinois poussent leur monnaie à la baisse. Mais le renminbi sera à l’avenir davantage soumis aux influences extérieures.
Le renminbi s’est offert un répit le mois dernier. La baisse des réserves de change chinoises s’est nettement ralentie, à 28,6 milliards de dollars, contre près de 100 milliards chaque mois depuis novembre. D’après le dernier rapport trimestriel de la Banque des règlements internationaux, une grande partie de ces sorties, autour des trois quarts, est, au 3e trimestre 2015, à mettre sur le compte de deux facteurs.
Ce sont d’abord les entreprises chinoises qui ont remboursé leurs dettes massives libellées en dollars. En second lieu, les particuliers et entreprises ont vendu une partie de leurs avoirs libellés en renminbis et déposés dans les comptes « offshore » (Hong Kong, Singapour, Macao). Signe de l’inquiétude de voir la devise chinoise se déprécier inexorablement. Ce sont donc les acteurs chinois (banques, entreprises, particuliers) qui poussent le renminbi à la baisse. Les entreprises chinoises ont par exemple acheté pour près 87 milliards de dollars de sociétés étrangères en février, un bond de 80 % d’un mois à l’autre, selon Nomura. Depuis trois mois, les groupes chinois ont acheté pour près de 175 milliards de dollars de groupes étrangers, contribuant aux sorties de capitaux et au repli de la monnaie chinoise.
A l’inverse, « l’ouverture récente du marché obligataire chinois aux investisseurs étrangers a été un événement très important et un facteur de soutien pour le renminbi », souligne Raphael Zeitoun, directeur pour les produits de change à destination des grands clients chez HSBC France. Les institutionnels de tous les pays vont acheter de la dette chinoise, facilitant l’internationalisation de la devise locale tout en contribuant à la soutenir. Des travaux* estiment que la détention de la dette chinoise par les étrangers, aujourd’hui limitée à quelques institutions (banques centrales, fonds souverains) pourrait être multipliée par 10 d’ici à 2020 pour atteindre 400 milliards de dollars. De quoi mieux intégrer les marchés chinois à la finance mondiale.
Une devise très politique
Les ventes d’actifs chinois par les étrangers ou les flux spéculatifs des fonds ont moins d’impact sur la devise chinoise. D’ailleurs, « pour spéculer sur la baisse du renminbi, les “hedge funds” préfèrent vendre des grandes monnaies liquides (dollar australien, peso mexicain) qui ont tendance à suivre la monnaie chinoise. Spéculer sur le renminbi “offshore” [NDLR : coté en dehors de la Chine] est bien plus dangereux compte tenu de sa liquidité erratique », souligne Raphael Zeitoun. Les interventions intempestives et les décisions de la Banque populaire de Chine justifient aussi de se tenir à l’écart d’une devise encore très politique, dirigée par Pékin. Un frein à son internationalisation.
Source : Les Echos
