Banques et robots se disputent le marché des devises

WALL-STREET

La chasse gardée des banques, les monnaies, subit les assauts répétés des traders haute fréquence. Au centre de cet affrontement, le contrôle du plus grand marché au monde.

Le plus grand marché au monde, les changes et ses 5.000 milliards de dollars par jour, poursuit sa marche forcée vers le tout électronique, synonyme d’économies d’échelle et de rationalisation. Trois dollars sur quatre sont aujourd’hui traités par voie électronique sur le marché des devises. Depuis 2008, les transactions négociées par téléphone ont chuté de moitié, de 34 % à 17 % des volumes totaux, selon le rapport (1) du consultant Greenwich Associates, basé sur un sondage de 1.630 acteurs. Les plates-formes ouvertes à toutes les banques représentent la moitié des transactions, contre un peu plus d’un tiers en 2008. Les principales d’entre elles sont Fxall, 360T, Currenex, Bloomberg FXGO et FX Connect, qui représentent les deux tiers des plates-formes multibanques.

Plus rapides, plus efficaces pour traiter des volumes élevés, les algorithmes de trading gagnent du terrain. En outre, le retentissant scandale des manipulations des indices de change Reuters par les grandes banques a hâté ce mouvement de conversion au tout électronique, gage de davantage de transparence.

La liquidité a eu tendance à se détériorer sur le marché des changes depuis dix-huit mois. Les banques ont réduit leur présence sur les marchés compte tenu de la diminution générale de leurs activités de trading, laissant la place à de nouveaux acteurs. Au sein du trading automatique, les traders haute fréquence (THF), des automates ultrarapides, montent en puissance chaque année. Les THF traitaient autour de 20 % des transactions en 2015 contre 16 % l’année précédente. Plus les investisseurs traitent des volumes importants sur les devises (au moins 50 milliards de dollars par an), plus ils auront recours aux THF et à leur grande réactivité et vitesse. Les « hedge funds » traitent 10 fois plus de volumes par le biais des THF que les sociétés de gestion traditionnelles. Un courtier en ligne sur les devises sur deux envoie ses flux d’ordres vers les THF, pour un quart de ses volumes en moyenne.

Un marché moins concentré
Désireuses de préserver leur chasse gardée et franchise, les banques s’accaparent encore près de la moitié des volumes mondiaux sur les monnaies, contre près des deux tiers en 1998. La part de marché des cinq plus grandes banques a reculé depuis deux ans, pour s’établir à 48 %, son niveau juste avant la crise de 2008. Elles ont notamment perdu du terrain au bénéfice des établissements bancaires de la deuxième partie du classement (du 5e au 10e rang). L’un des moyens de résister aux assauts des THF est… de s’approprier leurs techniques et méthodes. Les banques développent pour leur propre compte des algorithmes de trading rapides. Objectif : améliorer leur capacité à exécuter des ordres au meilleur prix pour leurs clients. Cette capacité entre pour près des deux tiers dans la décision d’un investisseur de travailler avec une banque.

(1) « Diversifying liquidity. Attaining best execution in FX trading », Kevin McPartland.


Source : Les Echos

 

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