Le nouveau ‘bonus zéro’ à 70k € chez Goldman Sachs et JPMorgan

L’un des gros avantages à travailler dans un secteur très cyclique, c’est qu’après la pluie vient le beau temps. Il y a un peu moins de trois ans, la saison des bonus était accueillie à grand renfort de vieilles blagues du style « ça fera plus de doughnuts qu’on pourrait en avoir chez Krispy Kreme. » Cette année, « certaines personnes bien informées » chez Goldman Sachs laissent entendre que « si un banquier se voit attribuer un bonus inférieur à 40% de son salaire, ce sera interprété comme le signe d’une année inférieure à la normale. » Ce qui signifie en d’autres termes que pour un VP moyen (un échelon auquel 2 200 personnes ont été promues mi-décembre), parler d’un bonus équivalent au prix d’une nouvelle Lexus est le biais utilisé par son boss pour lui faire savoir que sa performance est tout juste passable.

Ce genre de chose est souvent difficile à expliquer aux amis et connaissances qui travaillent hors du secteur – pour le commun des mortels, un bonus est une prime obtenue en récompense d’un travail particulièrement remarquable. Mais c’est tout à fait sensé pour qui raisonne en termes d’économie. Dans un environnement comme celui de 2021, même les banquiers médiocres ont généré des revenus significatifs. Et compte tenu, à ce jour, des solides perspectives de deals pour 2022, aucune grande banque ne voudra prendre le risque de manquer de forces vives pour exécuter les deals. Comme le souligne Ed Dobkin, retraité de Goldman Sachs depuis l’an dernier, « on paie pour retenir les gens, pas seulement pour la performance. »

Si JPMorgan et Goldman Sachs essaient de conserver même les moins bons, dans le reste du secteur, l’accent portera plutôt sur les banquiers les plus performants dans les banques qui s’en sortent moins bien. De nombreux acteurs de Wall Street – et même certains européens cette année – pourraient envisager de relever substantiellement leurs enveloppes de bonus par rapport à l’an dernier. Mais ils peuvent aussi choisir de concentrer et différencier un peu plus les primes en accordant des pourcentages plus élevés aux effectifs qu’ils souhaitent vraiment retenir, et en plaçant le curseur du « point zéro » un peu plus bas pour la simple et bonne raison que les moins bons auront moins d’options de sortie.

Le tout s’apparente quelque peu à la culture des pourboires aux États-Unis, ce qui pourrait expliquer pourquoi les banques européennes semblent avoir du mal à appréhender la problématique.  Dans les faits, il n’est pas plus compliqué d’ouvrir une bouteille de Romanée-Conti 1937 qu’une bouteille de rouge de table. Mais selon les conventions du secteur, la rémunération varie à la baisse quand les temps sont durs, et il faut donc qu’elle augmente substantiellement quand tout va bien, au bas de l’échelle de performance comme au sommet. Les banques qui n’en prennent pas conscience voient souvent leurs franchises s’étioler, de sorte que les annonces de JPM et GS auront sans doute contraint les équipes de direction à prendre quelques décisions difficiles. Pour reprendre les termes du producteur de cinéma Sam Goldwyn, quand il est question de VP médiocres en IBD, « ils sont surpayés, mais ils le valent bien. »


 Sarah Butcher – Read more on efinancialcareers.fr


 

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